Encore un débat avorté.
Mardi matin, en cours de production, nous étions supposés parler du merveilleux outil qu’est l’informatique.
Photoshop, plus précisément.
Après avoir introduit un blabla qu’on nous répète depuis notre entrée à St-Luc dans diverses matières, le prof pose la question suivante : “Quand vous aurez votre diplôme et que vous chercherez un boulot, d’autres auront passé du temps à approfondir de leur côté leur connaissance de Photoshop, qu’est ce qui fera alors la différence entre vous et ces gens ?” (sous entendu : qu’est ce qui te différencie toi, “artiste” diplômé, d’un type qui n’a étudié que l’outil Photoshop)
D’une voix un peu fébrile (moui il était très tôt), je lance à travers l’auditoire (vide) : “Le talent”.
“_ Non… Mais développez donc un peu.
_ Ben, il est clair qu’on peut connaître un programme et pour autant faire des grosses merdes. Si, par exemple, l’utilisateur ne connaît absolument aucune règle typographique, n’a jamais fait de mise en page, ou…
_ Moui non c’est pas ça. Laissez moi vous expliquer l’origine du mot talent…”
Et le voilà parti pendant 20 minutes. Je l’ai laissé là d’ailleurs, continuant moi-même mon petit spitch dans ma tête, connaissant très bien l’origine du mot talent (cela dit si on doit réfléchir aux origines de chaque mot avant de parler, y’aurait de très longs silences) et restant très sûre de moi.
Certes, le talent se travaille, et pour produire de belles images et avoir de bonnes idées, il faut nécessairement bosser et se cultiver, ça me parait élémentaire.
Par contre, alors que je reconnais que la culture et le travail sont des ingrédients essentiels, le prof de production explique (tout seul dans son coin) que non, le talent n’y changera rien. Ca voudrait donc dire que demain, n’importe qui peut se réveiller et dire “Hého, moi j’aimerai être graphiste” et, apparemment à force de travail, pourra le devenir ? Je ne crois pas.
Prenons un exemple concret : P.
P, tu ne la connais pas forcément, petit lecteur chéri qui ne connait pas encore par coeur ma vie (t’inquiète je bosse sur une autobiographie qui promet d’être passionnante), mais P… Comment t’expliquer…?
J’ai partagé des années d’amour avec P. Elle était ce qu’on peut appeler la “grosse tête” de la classe. Pas forcément la plus intelligente, mais celle qui bosse dur pour avoir des bonnes notes et qui pleure si elle a un 16. Bon.
Ben Pauline, sa passion, c’était l’arts pla (ok comme les 23 autres personnes de notre classe) et elle travaillait très très dur pour affiner son “art”. Alors tu noteras, lecteur, facteur 1 : le travail. Ensuite, qui dit classe d’arts pla dit cours d’arts plastiques : pratiques mais aussi théoriques. On apprenait donc aussi bien “comment recouvrir nos bras de latex” que “la vie et l’oeuvre de Matisse, Gauguin, Beuys, Sorrin, etc” : ça, elle maitrisait aussi pas mal. Des interros à 19/20 en Histoire de l’art, c’est plutôt balèze (Surtout avec une prof qui corrige avec des annotations comme “Oui, mais non”…hinhin…).
Facteurs 2 & 3 : Connaissance des outils & culture.
Ok. Tout est bon alors, facteur 1, 2 et 3 remplis : elle est une grande artiste.
…Sauf que P, ben c’est tout sauf une grande artiste. Et ça, je ne suis pas la seule à le dire : les 22 autres élèves le disaient, la prof le sous-entendait, et aujourd’hui l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy le déplore mais bref, passons.
Comment expliquer qu’une personne qui bosse (dur), qui maîtrise ses outils et qui a une énorme culture fasse quand même de la merde ? N’y a-t-il pas un tout petit petit peu de place pour ce qu’on appelle “le talent” ? Quand clairement, on voit que le travail n’y changera rien, et que ce n’est même pas une question de “Mouais, j’aime pas ce qu’elle fait” mais que c’est objectivement de la merde, ne peut-on pas juste dire “Ok, cette fille fait de la merde, qu’elle devienne historienne d’art et qu’elle ne reprenne plus jamais un pinceau de sa vie en main” ?
…(non ? je sais pas, ou alors j’ai des putains de grosses oeillères, mais là je campe sur ma position : il y’a des gens qui ont un talent inné à développer, et d’autres qui, même en bossant, n’arriveront à rien…(enfin, artistiquement parlant, bien sûr))
…
Bon, sur ce, je vais aller me cultiver.
(Parce que, oyez oyez braves gens, aujourd’hui les profs d’atelier m’ont dit que j’avais “le truc”. Eh ouais, trop classe hein ? Si seulement j’aimais pas autant la glandouille…(quoi que pour ma défense, à part mes allers-retours quotidiens sur le site d’Asos, je ne regarde que le contenu intéressant de la toile) (genre le Blogduciné, viendez lire la critique de The Wrestler d’ailleurs)